mardi 24 février 2026

Andreas Gursky, vie et oeuvre

 


 "L’art ne doit pas rendre compte de la réalité, mais chercher ce qui se cache derrière. " — Andreas Gursky

Andreas Gursky naît en 1955 à Leipzig, en Allemagne de l’Est, dans une famille où la photographie est une tradition. Son père, Willy Gursky (1921–2016), était photographe commercial, spécialisé dans la photographie publicitaire et industrielle. Son grand-père, Hans Gursky (1890–1969), exerçait également ce métier. Cette immersion précoce dans l’univers de l’image, baigné de photographies commerciales et de reportages, a profondément marqué le regard du jeune Andreas. Dès son plus jeune âge, il est exposé à la rigueur technique et à la composition visuelle, éléments qui resurgiront plus tard dans son propre travail.


Portrait d'enfant par Hans Gursky
(source)


Willy Gursky

Sprudel, 1978–1978






Gursky commence ses études à la Folkwangschule d’Essen (1977-1980), où il apprend une approche subjective de la photographie, influencée par des professeurs comme Otto Steinert et Michael Schmidt. Cette période lui permet de développer un regard personnel et expressif, mais c’est à Düsseldorf qu’il trouvera sa voie définitive.

Otto Steinert, sans titre, 1949


© Michael Schmidt
Untitled (from 89/90), 1989-90/2009
Gelatin Silver print
39,7 x 31,7 cm, framed 60,8 x 51,3 cm



En 1981, Gursky intègre la Kunstakademie de Düsseldorf, où il devient l’élève de Bernd et Hilla Becher. Ce couple de photographes, fondateurs de l’École de Düsseldorf, est célèbre pour leur approche systématique et objective de la photographie industrielle. Leur méthode repose sur :

  • La typologie : ils photographient des bâtiments industriels (châteaux d’eau, silos, hauts-fourneaux) selon un protocole rigoureux (cadrage frontal, absence d’ombre, lumière uniforme), en série et par catégories.
  • L’objectivité : ils effacent toute trace de subjectivité, cherchant à documenter plutôt qu’à interpréter, dans la lignée de la Nouvelle Objectivité allemande.
  • La distanciation : leurs images sont froides, analytiques, presque scientifiques
Bern et Hilla Becher, Châteaux d'eau (typologies), 1965-1997


L’École de Düsseldorf, avec Gursky, Thomas Ruff, Thomas Struth, Candida Höfer, Axel Hütte et d’autres, va radicalement transformer la pratique photographique.
Gursky adopte d’abord cette rigueur, mais il en dépasse rapidement les limites en introduisant la couleur, le grand format et, surtout, la manipulation numérique dès les années 1990.

Thomas Ruff, Exposition : Méta-photographie, Musée d’art moderne et d’art contemporain de Saint-Etienne, 2022


Thomas Struth, issue de la série Portrait de famille



Candida Höfer, Benediktinerstift Admont I, 2014
"Candida Höfer, née le 4 février 1944 à Eberswalde en Allemagne, est une photographe conceptuelle allemande. Grande star de l'École de Düsseldorf, elle est spécialiste des photographies grand format d'intérieurs vides qui capturent la psychologie de l'architecture sociale." source wikipedia

Andreas Gursky, Siemens, Karlsruhe, 1991


L'approche d'Andreas Gursky consiste à des prises de vues argentique multiples qui vont être scannées en haute définition pour créer une nouvelle image à partir de la réalité. Il n’hésite pas à supprimer, dupliquer ou réorganiser des éléments pour renforcer la composition ou le sens de l’image.
Pour François Valcourt, "le projet esthétique d'Andreas Gursky n'est pas de représenter le réel systématiquement mais tel que la photographie le recompose."
La multiplicité des prises individuelles qui constituent l'image, lui donne une précision dans les détails que ne permet pas un prise de vue unique. C'est un vertige de détails qui summerge le spectateur face à la grandeur des formats, dans un sorte de surréalité troublante. Et cela questionne le médium photographique même dans son pouvoir à représenter le réel, que Gursky réfute par son travail. "Alors que rien ne peux garantir l'authenticité de l'image photographique, la richesse descriptive et la vraisemblance du contenu deviennent les principales conditions de sa valeur representationnelle." (François Valcourt)

Cette multiplicité des points de vue va avoir tendance à aplatir l'image, l'écraser et nier toute perspective, ce qui est assez contraire au médium photographique même. Eric Chassey parle de platitude de l'image photographique.
L'image est un objet et le soin pris à son tirage et son encadrement renforce cette idée (nous nous y attardons plus loin). Contrairement aux norme de l'image artistique figurative, aucun événement ou détail n'attire particulièrement l'oeil du spectateur, l'image est un tout qui s'impose, puissant et implacable, comme la machine politico-économique qu'elle figure.


Andreas Gursky, Paris, Montparnasse, 1993
première utilisation du numérique dans son travail.


Ses œuvres, souvent prises d'un point de vue élevées, interrogent la place de l’individu dans les structures sociales et économiques contemporaines, souvent en effaçant la présence humaine pour mieux révéler les systèmes qui les organisent. Il s'inspire des images médiatiques mais produit des images artistiques qui mettent en évidence l'économie mondialisée, la densité des populations urbaines, la production industrielle, la culture et la consommation de masses. Toutes ces notions liées à la globalisation du système capitaliste ne pouvant avoir de représentation concrète, Gursky leur donne une réalité visuelle tangible à partir de lieux (un port, un supermarché) ou d'événements (un concert, une activité de trading à la Bourse) qui en sont une facette ; La partie pour le tout. Car pour François Valcourt, "si ces réalités ne sont pas perceptibles au même titre que le objets matériels, elles demeurent des facteurs influents de la vie humaine."


Andreas Gursky, Chicago Board of Trade II, 1999


"Pour Claire Guillot du journal Le Monde, novembre 2012 « L'artiste, qui s'est d'abord rêvé peintre, s'est toujours bien plus intéressé à l'ordonnancement des objets dans l'espace, à l'organisation interne d'une image, qu'à la réalité qu'elle recouvre. D'où les innombrables retouches, qui font basculer les oeuvres dans l'artifice. » Et de citer Andreas Gursky : « La critique sociale, c'est à vous de la voir. Mon intérêt principal est de faire des images. «
Gursky, plutôt engagé politiquement, socialement en revendiquant une démarche documentaire et par l’ensemble de son travail semble démontrer que la photographie ne dit jamais la vérité, qu’elle n’est pas une reproduction du réel, mais une reconstruction au même titre que toute représentation cela d'autant plus que le développement du numérique lui permet d’imprégner l’image de sa vision personnelle, de faire de la photographie une fiction de l’artiste" (source 
https://blonsartsplats.blogspot.com/2024/06/gursky99cent-analyse-notionnelle-bac.html )
La démarche n'est pas documentaire, mais elle n'est pas non-plus picturale ou conceptuelle. Empruntant à chacun de ses registre elle ouvre un nouveau chemin entre objet artistique et métaphore critique d'économie politique. 
On peux s'amuser du fait que les oeuvres d'Art que produit Andreas Gursky, participent aussi du système économique dont il met en évidence le caractère déshumanisant. 

Andreas Gursky, 99 cent, 1999
épreuve chromogène couleur sous Diasec • 206,5 x 337 x 5,8 cm
6 exemplaires en 1999 et 6 retirages en 2024


"Dans sa technique, le photographe utilise la technique du Diasec : c'est le contre-collage sous plexiglass transparent avec un diffusant de 3 mm  une plaque de méthacrylate transparente  (Diasec), différentes épaisseurs sont possibles. Avec la méthode Diasec pleximontage la face image de l’original adhère chimiquement à l’arrière d’un plexi transparent avec éventuellement une finition au dos. L’adhérence est réalisée sans colle par la réaction chimique entre deux composants liquides. Le système de collage Diasec est totalement dépourvu de poussières, de bulles d’air et d’éventuelles traces de colle. Le contraste des couleurs est accentué et le document original acquiert une nouvelle profondeur avec une netteté d’image inégalée et des couleurs très intenses sans aucune perte de précision ou d’intensité sur toute la surface de l’image. Les fins détails sont mieux mis en valeur, principalement dans les parties sombres. Le matériel visuel, le support et le plexi ne doivent pas être chauffés avec le Diasec, ainsi le matériel visuel ne cours aucun risque. L' image est complètement protégée par le plexi, si bien que les griffes et les ondulations sont pratiquement inexistantes. Le plexi protège à 99,7% contre les rayons UV, l’image ne se décolore pas à la lumière. Le plexi est considérablement plus résistant que le verre, pèse deux fois moins lourd que le celui ci et diminue donc considérablement les risques dus aux manipulations et au transport d'oeuvres de grandes tailles. ( Grand format numérique)



La technique de la photo est dite chromogène ou C print (c'est une molécule organique colorée susceptible de se transformer en matière colorante par l'introduction d'un groupement auxochrome qui est, dans une molécule, un groupement d'atomes ionisables pouvant changer la fréquence, et donc la longueur d’onde, d'absorption d'un chromophore. ) . Un type d'impression à développement chromogène est une impression faite à partir d'un négatif argentique ou cliché numérique exposé à un papier chromogène contenant trois couches sensibilisées d'émulsion qui ne sont pas similaires aux couleurs primaires. Une fois que l'image est exposée, elle est ensuite plongée dans un bain chimique pour que chaque couche puisse réagir au produit chimique de manière à créer une image. 

Andreas Gursky, Amazon, 2016

Comme Gursky l’explique: « La réalité ne peut être montrée qu’en la construisant. Paradoxalement, le montage et la manipulation nous amènent plus près de la vérité. »" 


Andreas Gursky, Harry Styles, 2025

"La remise en question de l'objectivité photographique ne peut suffire à expliquer le caractère exemplaire de la démarche théorique et esthétique d'Andreas Gursky. Plusieurs approches photographiques remettent en question la véracité du médium. Les mises en scènes de Cindy Sherman, les travaux de Thomas Ruff et ceux de Thomas Demand participent tous à une démarche conceptuelle qui consiste en partie à démontrer la facticité de l'image photographique. Les œuvres d'Andreas Gursky ont la particularité de réviser les présupposés de l'objectivité du médium en proposant une appréhension optimale du réel. L'artiste allemand se distingue ainsi en questionnant un registre stylistique généralement associé à l'authentification du rée!. En déconstruisant les codes styi istiques de l'esthétique documentaire, ses œuvres nous rappellent à leur façon que toute représentation photographique ne reproduit pas la réalité passivement mais impose une structure à sa représentation. Les schématisations linéaires et les arrangements géométriques sont une manière de le démontrer. Le spectateur observe ainsi une représentation structurée et détaillée du monde en tenant compte que son optimisation résulte essentiellement d'un travail de formalisation. Ainsi, toute forme de dichotomie est inefficace afin de comprendre les œuvres d'Andreas Gursky. La valeur référentielle de ses photographies ne peut être expliquée en opposant les notions de vrai et de faux, d'authentique et de fabriqué ou d'objectif et de subjectif." (François Valcourt, LA VALEUR RÉFÉRENTIELLE DES ŒUVRES PHOTOGRAPHIQUES D'ANDREAS GURSKY: LA MISE À DISTANCE DU RÉEL ET LA REPRÉSENTATION INTELLIGIBLE DU MONDE). 


Le travail de Gursky à influencé aussi des photographe contemporain, en voici quelques exemples:




George SteinmetzFeed the Planet, 2024


Peter Li, cocoon, 2025

Sources:

- Le blog de l'artiste Andreas Gursky https://www.andreasgursky.com/en
- François Valcourt, LA VALEUR RÉFÉRENTIELLE DES ŒUVRES PHOTOGRAPHIQUES D'ANDREAS GURSKY: LA MISE À DISTANCE DU RÉEL ET LA REPRÉSENTATION INTELLIGIBLE DU MONDE (mémoire écrit en 2011) https://archipel.uqam.ca/4075/1/M11914.pdf
Eric de Chassey. Platitudes : une histoire de la photographie plate, 2007










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