jeudi 9 février 2017

Les codes de la Bande-dessinée. Cours 2: Cases et mise en page

Définition : une bande dessinée est une succession d’images organisées pour raconter une histoire et présentée de façons diverses (en planche, en illustré, en petit format, en album, etc.). En d’autres termes, une BD est une histoire comique ou réaliste racontée en images. Le concept de bande dessinée est appelée ‘’Manga’’ au Japon et ‘’Comics’’ aux États-Unis.

Rappel:
– La planche : page entière de B.D. composée de plusieurs bandes de cases ou « vignettes. »
– La bande : succession horizontale de plusieurs images. Une bande comprend entre une et six images environ.
– La case : aussi appelée vignette, est une image d’une bande dessinée délimitée par un cadre.
(Source: Ac-Rouen)
- L'espace inter-iconique ou gouttière sont les marges blanches entre les cases qui symbolise le temps, plus ou moins long, entre deux images.
-  Le gaufrier est une mise en page de cases de formes identiques

Ribaltchenko, Poussières
Cette planche en noir et blanc comprend trois bandes de respectivement 3, 4 et 1 cases. On remarque l'originalité de la deuxième bande dont les cases forment une onomatopée (Crak).
Les marges blanches entre les cases se nomment espaces-inter-iconnique ou plus vulgairement gouttières. Pour le théoricien Scott Mc Cloud (L'Art invisible) elles sont une clef de la narration séquentielle, car elles sont des ellipses qui expriment le temps passé entre les deux cases par convention tacite avec le lecteur.

Dans son ouvrage Les clefs de la bande-dessinée, Will Eisner explore les possibilités graphiques de la cases pour renforcer le sens de l'image

Pour Will Eisner la case n'est pas seulement une séparation du schéma séquentiel, elle doit faire sens avec l'image

D'autre exemple d'incustration de la case dans l'image chez Will Eisner

Yann et Schwartz, Le groom vert de gris
Une mise en page originale dynamise la lecture, comme ici l'utilisation d'une case ronde

Gaultier et Languereau, Bécassine pendant la grande guerre
A noter que les première BD, surtout en France, ne comportaient ni cases, ni bulles 

Lewis Trondheim, Mister O
Une mise en page de cases identique sur la planche se nomme gaufrier.
Ici l'auteur utilise un gaufrier de petites cases collées pour renforcer le minimalisme du dessin qui correspond aussi au minimalisme de l'histoire

Tim Sale, Batman, des ombres dans la nuit
Le comics américain utilise beaucoup le principe de mise en cases dynamique qui boost les effets visuels, le mouvement et l'action

Chad Hardin, Harley Queen (DC Comics)
Un belle enchainement de différents plans, du plan large au très gros plan, qui fonctionne comme un zoom dans la mise en page

Art Spiegelman, A l'ombre des tours mortes
Même le comics underground utilise les jeux de mise en page. Ici un travail sur les attentats du 11 septembre 2001 avec des bandes horizontales mais aussi verticales pour exprimer la fragilité de la tour du World Trade Center sur le point de s'effondrer. On note aussi une case ronde, des styles graphiques variés utilisant le dessin traditionnel, l'ordinateur et le collage photographique.

Topfer, Les amours de Monsieur Vieux Bois
Topfer est l'inventeur de la bande-dessinée telle que nous la connaissons aujourd'hui. Il utilise déjà l'idée que la largeur des cases puissent exprimer visuellement le temps de l'action, comme on le voit avec la montée des marches de l'escalier qui nous apparait de plus en plus rapide.

Smudja, Au fil de l'Art
Mise en page originale qui fait écho au travail récent des 4ème

Gotlib, les dingodossiers
Ici l'auteur s'amuse: Comment faire entrer une girafe dans une case de BD ? La mise en page permet d'y répondre avec beaucoup d'humour

Fred, Philemon
Dans son oeuvre très poétique Fred fait évoluer ses personnages dans le livre lui même et s'amuse parfois à faire exploser la page dans des mise en scène incroyable mais pourtant tout à fait lisible

Fred, Philemon

Marc Antoine-Mathieu, Corentin Acquefacq, prisonnier des rêves
Marc Antoine-Mathieu joue aussi avec l'idée même de livre dans cette très belle série, en utilisant des pop-up, des pages en vision 3D, des découpages, des décalages... Ici le personnage évolue dans un décor fixe découpé en 3 cases. L'espace lui même semble composé d'une multitude de petites caisses qui évoquent des cases... De quoi rendre fou !

Julien Neel, Lou, La cabane
Ici l'assemblage de cases permet de créer une vision d'ensemble: Toutes ces actions on lieu au même moment, dans des endroits différents

Julien Neel, Lou, la cabane
Très jolie case en forme de coeur, avec une onomatopée qui exprime bine l'orage

Bailly/Faipont, Le muret
Dans cette BD, une jeune fille de 13 ans est livrée à elle même et découvre l'alcool, la fumette, les mauvais garçons et le Rock'n'Roll. Ici la mise en page est faite sans cases pour exprimer le perte de repères que crée la consommation abusive d'alcool. La musique semble aussi envelopper l'espace.

Jon Mc Naught, Automne (2012)
Beau comics, poétique et contemplatif, qui alterne des gaufriers de minuscules cases avec des plans plus larges. La forme doit donner sens au fond et ici la mise en page colle parfaitement à l'ambiance et au graphisme épuré

Posy Simmonds, Gemma Bovery
Relecture moderne de Madame Bovary de Flaubert, avec beaucoup, beaucoup de texte, mais très bine intégré à la mise en page

David Zane Mairowitz, Robert Crumb, Kafka
Ici aussi beaucoup de texte. Les cases ajouté par Crumb autour de texte biographique de Mairowitz ne sont pas là pour simplement illustrer le propos, elles le complètes et le prolonge. C'est un vrai travail collaboratif. 

Chris Ware, the machine is calling
Chris Ware construit des mises en pages complexes avec sens de lectures multiples. Ses planches, avec son dessin schématique, vont jusqu'à ressembler à des diagrammes 

Chris Ware, building stories

Chris Ware
Il faut tourner le livre pour lire cette planche qui est construite des quatre côté de la page

Chris Ware, building stories
Cette oeuvre devient un livre objet avec plusieurs comics au format différents qui peuvent se lire dans le désordre pour à la fin former une seule et même histoire, celle des habitant de cet immeuble 

Pascal Rabaté, Fenêtre sur rue, (2013)
Ici aussi un livre objet avec ce leporello (livre accordéon) qui se déploie sur plusieurs mètres, avec un recto pour le matin et un verso pour le soir et une histoire très théâtralisé 

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