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samedi 10 août 2024

L'oeuvre de la semaine: Représenter le monde avec la géométrie

 A la Renaissance, la découverte et l'utilisation des systèmes de représentation en perspective, et principalement la perspective centrale, théorisée par l'italien Brunelleschi en 1425, permet à la peinture de passer des Arts Mécaniques aux Arts Libéraux grâce à la Mathématique. Le peintre, artisan, devient artiste intellectuel et peux se ranger aux côté du géomètre.

Au début du XXième siècle, certains artistes vont bouleverser les codes de la représentation, puisque la récente photographie (1839) peux enregistrer le réel à leur place. Revenant à une approche simplificatrice des formes, hérité des antiquités (la sculpture des Cyclades grecques par exemple) ou explorant la géométrie non-euclidienne, les oeuvres vont develloper un nouveau regard sur le monde.


Georges Braque, paysage cubiste, 1914
L'artiste simplifie le paysage par l'utilisation de volume géométrique.
C'est cette utilisation de "petits cubes" qui donnera son nom au Cubisme.

Pablo Picasso, Femme à la mandoline, 1910
Assumant la planéité du support, Picasso déconstruit la figure et cherche à nous montrer toutes ses faces à la fois.

Tamara De Lampicka, Jeune fille en vert, 1927
Par un modelage subtile de la figure en volume géométrique, l'artiste joue du drapé et des formes féminines.

Sophie Tauber-Arp, Personnages, 1926, tapisserie
Issue des Arts Décoratifs et très inspirée par l'Art des natifs américains Hopis, l'artiste pousse la simplification des personnage à la limite de l'abstraction.


lundi 17 juin 2019

L'oeuvre Artips de la semaine

"Plus grand est le bambou, plus bas il s'incline."
- Proverbe -

Aujourd'hui : "Rebelle made in China"
Où l’on découvre que le bambou peut être une affaire de femmes.
 
Chine, XIIIe siècle. Un délicat bambou, peint à l’encre noire, se détache sur la blancheur du fond.

L’auteur de ces coups de pinceau a dû observer pas mal de bambous pour parvenir à le rendre si naturel ! Ce qui est curieux quand on sait que l’artiste en question n’aurait jamais dû toucher à un tel sujet…
Vous n'arrivez pas à voir les images ? Contactez-nous sur jean@artips.fr
Guan Daosheng, Figure de bambou, copie du XIXe siècle d'après un original datant de la dynastie Yuan (1279–1368), encre sur soie, 150 x 104 cm, Collection particulière, photo : DR
 
Pourquoi cela, alors que le bambou est un thème très aimé des peintres chinois ?
Tout simplement parce que l’artiste est… une femme !
Il s’agit de Guan Daosheng, une célèbre peintre et calligraphe.
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Guan Daosheng, Bambou dans la brume, dynastie Yuan (1279–1368), encre sur soie, 15 x 26 cm, Galerie d'Art de l'université de Yale, New Haven
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Ce type de carrière est déjà très rare pour une femme, mais le choix de ce sujet l’est encore plus.
En effet, le bambou symbolise les qualités les plus recherchées chez un gentilhomme.

Ce dernier, comme le bambou, doit être solide et capable de plier sans rompre, même face aux pires situations. Bref, le bambou s’est imposé comme un sujet très viril.

Mais le talent et la renommée de Daoshengsont tels qu’elle peut se permettre d’empiéter sur les plates-bandes de ses collègues masculins. Elle se paye même le luxe de faire des bambous son thème de prédilection !
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Guan Daosheng, Bambou et pierres, dynastie Yuan (1279–1368), encre sur soie, 87 x 28 cm, Musée national du Palais, Taipei
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Avec humour, elle calligraphie sur l’une de ses œuvres : "Jouer du pinceau et de l’encre est une chose masculine, et pourtant j’ai fait cette peinture. Ne dirait-on pas que j’ai osé transgresser ?"
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Guan Daosheng, Bambou dans la brume et la pluie, détail de l'œuvre, 1308, encre sur papier, 22 x 7 cm, Musée national du Palais, Taipei
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Transgression ou pas, ses œuvres suscitent l’admiration de tous, l’empereur y compris. Quant aux critiques, ils lui offrent le plus beau compliment dont ils sont capables, à savoir que ses coups de pinceau "ne trahissent en aucun cas qu’une femme ait pu les peindre".

À sa mort, Daosheng laisse un mari inconsolable. Également artiste, ce dernier se serait mis à peindre des bambous, pour lui rendre hommage…
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Wang Gong, Copie d’un portrait de Zhao Mengfu, époux de Guan Daosheng, dynastie Qing (1636-1912), encre et couleur sur soie, 63 x 30 cm, Metropolitan Museum of Art, New York
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Guan Daosheng, Bambou, copie du XIXe siècle d'après un original datant de 1313, encre sur papier, 27 x 27 cm, Metropolitan Museum of Art, New York
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" Plus grand est le bambou, plus bas il s'incline. "
- Proverbe -
Racontée par Delphine Peresan-Roudil
Delphine Peresan-Roudil
Validée par Gérard Marié,
professeur d'histoire de l'art
Sciences Po Paris

lundi 10 juin 2019

L'oeuvre de la semaine

"Les gens à qui on ne donne pas leur liberté finissent toujours par la prendre."
- Pierre-Jules Stahl -


Aujourd'hui : "Un modèle à suivre !"
Où l’on fait connaissance avec un modèle qui ne tient pas en place.
 
Angleterre, années 1860. La jeune Marie Spartali rencontre un grand succès : tout le monde loue son intelligence, son esprit et surtout... sa beauté.

De nombreux peintres la supplient de devenir leur modèle. Mais si Marie Spartali accepte de poser pour eux, elle n’a pas l’intention d’en rester là !

Car la jeune femme veut peindre, elle aussi. Malheureusement, dans sa riche famille, il n’est pas question qu’une dame mette les mains dans la peinture, c’est trop inconvenant.
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Dante Gabriel Rossetti, Marie Spartali Stillman, 1869, sanguine sur papier verdâtre, 62 × 47 cm, collection privée
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Peu importe : en échange de ses séances de pose chez les peintres, Marie Spartali prend des cours d’aquarelle.

Ses maîtres sont les artistes anglais les plus célèbres de l’époque. Issus du mouvement préraphaélite, ils partagent avec elle une passion pour la littérature médiévale et le style de peinture de cette période.

Rapidement, Marie Spartali peut exposer ses propres œuvres. Tant pis pour le qu’en-dira-t-on ! Elle parvient même à en faire son métier.
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Marie Spartali Stillman, L'Enfance de sainte Cécile, 1883, aquarelle et graphite rehaussés de gouache, 101 x 74 cm, collection privée
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Et ce n’est pas son époux, un journaliste américain mal payé, qui pourrait l’en empêcher : c’est elle qui rapporte le plus d’argent à la maison.

En effet, ses tableaux plaisent aux collectionneurs. Pour les sujets, elle reprend des thèmes chers aux préraphaélites. Mais l’ancienne muse peut enfin prendre sa revanche !
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Marie Spartali Stillman, Le Messager de l'amour, 1885, aquarelle, tempera et peinture dorée sur papier marouflé sur bois, 81 × 66 cm, Delaware Art Museum, Wilmington
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Finies les femmes passives, absentes et aux yeux clos, comme elle l’était elle-même sur les tableaux. Spartali les met en scène en train de lire ou de jouer de la musique, bref : toujours actives.
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À gauche : Dante Gabriel Rossetti, Beata Beatrix, 1864-1870, huile sur toile, 86 x 66 cm, Tate Britain, Londres
À droite : Marie Spartali Stillman, Béatrice, 1896, aquarelle et gouache sur papier, 57 × 43 cm, Delaware Art Museum, Wilmington
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Hélas, malgré sa carrière réussie, à la mort de Spartali en 1927 la presse salue surtout "sa beauté sans défaut".

Elle laisse pourtant un sacré héritage : plusieurs centaines d’œuvres et... des filles et belles-filles qui, toutes, sont devenues des artistes accomplies !
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Marie Spartali Stillman, Le Jardin enchanté de Messer Ansaldo, 1889, aquarelle et gouache sur papier monté sur panneau de bois, 72 × 102 cm, collection privée
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Julia Margaret Cameron, Marie Spartali Stillman, 1868, photographie, collection privée
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" Les gens à qui on ne donne pas leur liberté finissent toujours par la prendre. "
- Pierre-Jules Stahl -
Racontée par Adeline Pavie
Adeline Pavie
Validée par Gérard Marié,
professeur d'histoire de l'art
Sciences Po Paris

dimanche 26 mai 2019

L'oeuvre de la semaine: Orlan ou le corps mis en question

Le projet fédérateur de cette année porte sur les femmes remarquables.
En arts plastiques, chaque semaine, le portrait, la vie, l'œuvre d'une artiste, peintre, sculpteur, plasticienne, architecte...
Présenté en debut d'heure, l'article sera l'occasion d'aborder des questions actuelles portant sur l'égalité, la tolérance et le mieux vivre ensemble.



Orlan est une plasticienne française née en 1947 dont le travail questionne notre rapport au corps.
Elle est rattachée au mouvement de l'Art corporel (Body Art).
"Dès les années 1960 et 1970, Orlan interroge le statut du corps et les pressions politiques, religieuses, sociales qui s'y inscrivent. Son travail dénonce la violence faite aux corps et en particulier aux corps des femmes, et s'engage ainsi dans un combat féministe." (Source wikipedia)
Ses premiers travaux sont des mises en scène photographiques mais l'artiste viens rapidement à utiliser la performance dans des oeuvres parfois provocatrices comme le baiser de l'artiste (1977).
En 1993 elle commence à intervenir sur son propre corps comme une sculpture par des interventions chirurgicales à répétition qui questionnent l'idéal de beauté féminin et artistique et qui trouve son explication dans le manifeste de l'Art charnel. Elle se fait notamment placer deux implants sous-cutanés au niveau des tempes.
Plus tard avec ses hybridations, oeuvres d'art numérique, elle mixe son visage avec images issues de cultures non occidentales (Afrique, Asie...).
Récemment son travail se tourne vers les biotechnologies

Le baiser de l'artiste, 1977, performance à la Fiac de Paris

Serie des self-hybridations,oeuvres numériques



Shifting Dress Code, 2011, impression 3D, travail en volume de l'artiste autour du drapé baroque







samedi 11 mai 2019

L'oeuvre de la semaine: Anna Coleman Ladd et Jane Poupelet




A la fin de la première guerre mondiale de nombreux soldats se retrouvent gravement mutilés par les nouvelles armes de guerre (obus, grenades, mines...). On les nomment les gueules cassées (image ci-dessus).
Dès 1917, une sculptrice américaine, dont le mari est médecin, va utiliser ses talents d'artiste pour créer des prothèses qui redonneront une figure humaine aux mutilés de guerre. C'est Anna Coleman Ladd (1878-1939).
Avec l'aide de la Croix-rouge, elle va créer un atelier, où d'autres femmes, dont certaines artistes, vont contribuer à la réinsertion des anciens combattants dans la société. 
Jane Poupelet (1874-1932) est un bon exemple de sculptrice française ayant offert ses services à la patrie.

Anna Coleman Ladd travaillant sur une de ses prothèse


Jane Poupelet à l'école des Beaux-Arts


    
Quelques réalisation de l'atelier d'Anna Coleman Ladd



Prothèse crée par Jane Poupelet





Anna Coleman Ladd, A convalescing soldier and an officer

sculpture en bronze

Jane Poupelet, Baigneuse au bord de l’eau, vers 1911, bronze, 52 × 16 × 37 cm, © Collections Ville de Périgueux, Musée d’Art et d’archéologie


  
Jane Poupelet, Chat couché, 1904, bronze à patine médaille, 6,8 × 6,6 × 10,7 cm, © Collections Ville de Périgueux, Musée d’Art et d’archéologie

  


  
Un article sur Anna Coleman Ladd sur le blog de Madame Perez