samedi 24 janvier 2026

Documenter ou augmenter le réel: Joseph Vernet, La ville et la rade de Toulon, 1756

 A la suite des deux cours sur la vie et l'oeuvre de Vernet ainsi que sur l'histoire du port de Toulon, nous pouvons discerner comment le tableau représentant la ville et la rade depuis le Mont Faron est à la fois une documentation et une augmentation du réel.

La commande du Marquis de Marigny, pour Louis XV, précise bien que les vues de Ports de France doivent mettre en valeur la puissance maritime du pays, en l'inscrivant dans son époque avec les styles et coutumes de chaque régions.

Cette commande est la plus importante du règne de Louis XV et occupera Vernet durant dix ans.

Ainsi si on discerne très nettement la topographie et l'architecture des lieux, Vernet y ajoute à sa fantaisie, mais sur la base d'observation globale, des personnages et des ornements pour recréer une scène fictive mais vraisemblable qui amène la vie dans le paysage.


Dans la vue de la rade depuis le Mont Faron, on peux très nettement séparer la vue du premier plan, au tiers inférieur du tableau, dont la partie de plaisir composée par Vernet est une augmentation du réel, au reste du tableau dans le tiers supérieur, qui correspond à la documentation rigoureuse de la réalité géographique, architecturale et militaire.

On peux néanmoins nuancer légèrement cette affirmation dans la mesure où certains bourgeois de notre petit théâtre peuvent intégrer des portraits effectifs, comme c'est le cas dans la vue du port vieux qui offre la représentation de quelques personnalités militaires locales ou celle de l'entrée du Port Marseille qui met en scène le peintre lui même ainsi que l'ensemble de sa famille ; en contrepoint, la documentation, si précise qu'elle soit, s'accorde parfois des libertés dans les condition météorologique (on pense à la tempête de Sète) ou le choix des vaisseaux visibles au mouillage, existants mais toujours présents en lieu et place lors de réalisation de l'artiste sur place. En effet, la flotte du lieutenant général de la Galissonnière en partance pour Minorque n'occupait sûrement plus la rade lors des esquisses du peintre.




En définitive, la balance effectué par Vernet entre documentation et augmentation du réel offre aux génération futures, historiens et amateurs d'Art, un document très complet, non seulement de la ville de Toulon et de la vie économique et sociale des notables au XVIIIième mais aussi plus largement de la vision artistique et philosophique de l'époque (Art et Pouvoir, thème de l'Arcadie de Rousseau...).

Pour Alexandre Cantin, la raison de l’augmentation du réel visible est justifié par le désir de rendre compte du lieu de manière exhaustive. Par ailleurs, l’auteur souligne que le succès de la série de Ports de France est due à « leur rendu véridique des lieux et des situations, alors qu’elles esquivent certains détails gênants ou inesthétiques, car il est bien entendu que la vue fidèle doit également être un objet agréable à regarder ».




Bibliographie:


- Florence Ingersoll-Smouse, Joseph Vernet, peintre de marine, 1714-1789, 1926, réedition BNF Hchette Livre en deux volumes (la biographie est dans le volume 1)
- Emilie Beck Saiello, Car c'est Moy que je peins: stratégies familiales et professionnelles de Joseph Vernet à travers l'étude critique de son livre de raison et de sa correspondance, 2025, édition conférence en trois volume
- Académie du Var, Une histoire de Toulon vue par les peintres et les dessinateurs, 2021 deux volumes
- Michel Vergé-Franceschi, Toulon Port Royal 1481-1789, 2002 edition Alpha - Histoire
- Nadi Tritarelli , Joseph Vernet, La ville et la rade de Toulon, texte en ligne de Nadi Tritarelli, professeur d’Arts Plastiques  https://ts2i.ac-besancon.fr/wp-content/uploads/sites/95/2024/03/analyse-vernet.pdf
- Alexandre Cantin, Les ports de France de Joseph Vernet : un regard au service du roi, étude, histoire de l’Art N* 65 Octobre 2009https://www.persee.fr/doc/hista_0992-2059_2009_num_65_1_3288

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