samedi 3 mai 2014

Musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg

Musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg
Les grandes villes d'aujourd'hui sont d'une affligeante uniformité. En dehors des centres historiques on retrouve les mêmes architectures, les mêmes artères commerciales pleines des mêmes enseignes de grandes marques de vêtements, de sport, d'alimentation, de culture, les mêmes fast-food, les mêmes boulangeries, les mêmes tram, bus, vélos de location et piétons interchangeables...
Le constat est identique dans les musées d'art. Quelle collection n'a pas son Picasso, son Monet, son Arman ou son Viallat?

Sans sortir de ce triste état de fait, le musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg, a le mérite de se visiter rapidement et de proposer des outils pédagogiques pour comprendre certaines œuvres. 
Et la rencontre avec les œuvres reste le moteur qui donne tout son sens à mon métier.

Auguste Rodin, Le penseur, 1904, version en plâtre
François-Émile EhrmannŒdipe et le Sphinx, 1903

La collection permanente est organisée sur deux étages. La partie art moderne s'ouvre en bas sur un majestueux penseur de Rodin entouré de deux très mauvais Picasso. La salle impressionniste regroupe de très bonnes toiles, dont quelques grands formats, de Monet, Gauguin, Signac ou Valloton. Une petite salle anecdotique Art Déco présente une amusante fontaine, du mobilier, un panneau de marqueterie et une toile symboliste d'une excellente maîtrise picturale de François Émile Ehrmann. 
On trouvera ensuite beaucoup de productions abstraites, ce qui donne une vison assez étroite et caricaturale de la modernité (mais des travaux en cours m'ont peut être occulté un certains nombre d'œuvres). D'inintéressants Kupka et de médiocres Kandinsky précédent une salle très belle mettant en regard des vitraux De Stijl de Théo Van Doesburg et des travaux de Sophie Tauber-Arp.

Théo Van Doesburg, triptyque en vitrail

Le point fort de la collection est un ensemble de magnifiques sculpture d'Hans Arp, accompagné d'activité et de panneaux pédagogiques amusants et intelligents. Ses formes organiques polies dans le marbre dégagent une aura onirique et émotionnelle troublante.
Quelques travaux dada et surréalistes nous replonge dans une certaine forme de figuration, avec la folie Boschienne de Victor Brauner, le dandysme freudien de Max Ernst et une amusante toile recto-verso de Piacbia. Cet étage se termine sur de mauvais exercices d'abstraction (Aurélie Nemours!).


Hans Arp, nombril et deux idées, 1932, plâtre
Victor Brauner, Atrapulsion ou l'ébullition des virgules introplasmiques, crayon et aquarelle sur papier

L'étage offre un panorama restreint mais instructif des pistes contemporaines depuis les années 60. Quelques nouveaux réalistes (Hains, Arman, Deschamp et un tout petit Tinguely). Un face à face entre support-surface et BMPT. On remarquera par ailleurs que certaines œuvres, comme celles de Buren, ont déjà très mal vieillit. Ce n'est pas le cas des œuvres de Toroni qui est peut être le seul véritable peintre du groupe. Bertrand Lavier s'immisce avec brio dans plusieurs salles, avec un piano et un frigo peint (chez les nouveaux réalistes), une très amusante œuvres à 4 mains, avec Toroni justement, et le très beau mural jaune soleil faisant face à un monochrome conceptuel de Claude Rutault. Pour le reste, ma mémoire s'étiole car la muséographie part dans tous les sens: quelques toiles hyperréalistes, un Penk, la démarche peu mise en valeur de l'excellent Jean-Luc Moulène et un ensemble de très belles pièces en argile de Franck Scurti.

Franck Scurti, Empty world, 2008, Modelages en argile doré à la feuille d'or et ceintures 
En bas une pièce regroupe les peintures, trop peu connues, du célèbre illustrateur Strasbourgeois Gustave Doré, dont un monumental Christ quittant de prétoire, qui n'a rien à envier à David ou Géricault.

Gustave Doré, Christ quittant le prétoire, 1867, huile sur toile

Le musée s'offre aussi le luxe de prendre un chemin de traverse dans la très sérieuse actualité parisienne autour de cet artiste avec une exposition temporaire très rafraîchissante: Doré & Friends. On y trouvera des connexions entre la préhistoire de la bande-dessinée créé par Doré, TÖpfer, Allais et d'autre et des dessinateurs contemporain comme Blutch, Winshulss ou Willem. Devant les planches originales de ces derniers il devient indéniable que le 9ème art a sa place dans les musée d'art vivant.



Une autre exposition temporaire présente une rétrospective d'un pionnier méconnu de l'art vidéo français, Robert Cahen, dont le travail prend naissance dans les expérimentations du Groupe de Recherche Musicale sur la transposition de la musique concrète en images.
On y trouvera quelques idées intéressantes dans les dispositifs de présentation et de projection, à partir d'images et d'idée très simples et très poétiques.




De toute façon, il y a toujours quelques chose à prendre dans une œuvre, même ses défauts, afin de ne pas les réitérer...



Plus d'infos sur le musée ici
Un  article du monde sur Gustave Doré ici

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